Combien de manifestants contre le mariage pour tous dans 5 ans ?

530 000 selon les organisateurs, 77 500 selon la police. Comme d’habitude, personne n’est d’accord sur le nombre de manifestants ayant battu le pavé dimanche 5 octobre. Et la statistique n’a rien à dire sur le sujet. L’INSEE se consacre à des choses bien plus nobles et les ONG sont déjà occupées avec Poutine ou Mugabe.

 

Je ne prétends pas répondre à la question dans ce blog. En revanche, la question du nombre de manifestants à ce sujet dans quelques années est plus intéressante. Nous avons repris l’ensemble des sondages publiés à ce sujet et dont on trouve la trace sur le web. Cela donne ceci (chaque point du graphique ci-dessous représente le pourcentage de personnes favorables au mariage pour tous dans un sondage donné. Deux sondages Ipsos, en 2000 et 2004, sont masqués par ceux de BVA, leurs résultats étant identiques) :

Sondages mariage pour tous français Combien de manifestants contre le mariage pour tous dans 5 ans ?

 

 

Plusieurs remarques :

– Dans 20 sondages sur 23 depuis 1995, les français sont majoritairement favorables au mariage pour tous, et, dans la plupart des cas, avec une majorité supérieure à celle observée aux élections présidentielles de 2007 et 2012. Il ne s’agit pas d’un sujet vraiment clivant : il y a une majorité large, et une minorité,
– La tendance est clairement haussière de 1995 à 2011, puis à peu près plate depuis,
– Les sondages des années 2012 à 2014 sont très volatils, alors que la question ne change pas. Les interviewés répondent vraisemblablement à une autre question…
– Il y a de vraies différences entre instituts. Comme d’habitude, la réponse dépend en partie de la formulation de la question. L’Ifop demande si « …les couples homosexuels [..] devraient avoir le droit en France de se marier », quand la formulation de CSA est « ..êtes-vous [favorable ou opposé] au mariage des couples homosexuels ». Ces deux formulations ont chacune leur légitimité, et, sans surprise, les résultats de CSA sont en-dessous de ceux de l’Ifop : je suis personnellement défavorable aux fumeurs – en tout cas, à leur fumée -, mais je ne crois pas qu’on devrait les empêcher de fumer.

D’où vient la forte progression des opinions favorables au mariage pour tous entre 1995 et 2011 ? Les plus jeunes y sont bien plus favorables que leurs ainés. Les données dont je dispose sont parcellaires, mais concordantes. En 2004, sondage Ipsos qui donne une majorité de 57% favorables, 75% des moins de 35 ans sont favorables au mariage pour tous quand seulement 48% des plus de 35 ans le sont. Supposons que les moins de 35 ans de 2004 ne changent pas d’avis en vieillissant, pas plus que les plus de 35 ans. Un petit calcul avec les données de pyramide des âges de l’INSEE nous dit que, en 2011, on devrait avoir 52% d’avis favorables parmi les plus de 35 ans. Calcul de coin de table grossier, mais qui donne des directions : en 2011, les sondages donnaient une majorité de 59% en faveur du mariage pour tous parmi les plus de 35 ans, soit nettement plus que le 52% dû au remplacement naturel des générations. En 2013, on retombe à 55%, à comparer aux 53% du remplacement naturel.

Un modèle simplifié nous dirait donc que les moins de 35 ans de 2004 n’ont pas changé d’avis en vieillissant, mais que quelques plus de 35 ans de l’époque ont changé d’avis, en faveur du mariage pour tous. Et que certains sont récemment revenus sur leur opinion, probablement au vu de leur feuille d’impôts….Le pourcentage de français favorables au mariage pour tous devrait donc continuer à augmenter, pour plafonner dans quelques années vers 75%.

Toute cette discussion est inspirée d’articles (ici et , en anglais) de Nate Silver, qui, à partir de données bien plus détaillées, construit un vrai modèle. Même si l’opinion américaine n’est devenue majoritairement favorable au mariage pour tous qu’en 2010, nos conclusions, bien que basée sur des éléments plus fragiles, sont sensiblement les mêmes.

Alors, combien de manifestants dimanche 5 octobre ? Nul ne saura jamais. Et dans 5 ans ? L’analyse des données disponibles permet raisonnablement de penser qu’ils seront bien moins nombreux.